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2025_02_Biogaz_souveraineté_réindustrialisation

Le biogaz : bien plus qu’une énergie, un levier de souveraineté. 

source(s) : 250127_Synthese-du-barometre-des-gaz-renouvelables_vSent.pdf

 

Un secteur en pleine expansion, porté par une dynamique industrielle forte

Depuis une quinzaine d’années, la filière des gaz renouvelables prend de l’ampleur en France. Loin d’être un simple ajustement technique pour verdir notre consommation, elle se révèle un moteur économique, avec plus de 3 milliards d’euros injectés dans l’économie en 2023 et plusieurs milliers d’emplois créés. La montée en puissance de la méthanisation et l’émergence de nouvelles technologies comme la pyrogazéification ou le Power-to-méthane redessinent le paysage énergétique et industriel national.

Avec 731 sites en injection pour 13,9 TWh de capacité installée fin 2024, la méthanisation place la France parmi les leaders européens du gaz renouvelable. Mais le plus marquant est sans doute l’ancrage territorial du secteur : 91 % de la production et 85 % de la valeur ajoutée sont générées sur le territoire national. Contrairement aux filières énergétiques plus centralisées, celle des gaz renouvelables repose sur un maillage dense d’entreprises locales : équipementiers, constructeurs, bureaux d’études, maintenance… Ce sont plus de 1 200 établissements qui participent à cette dynamique, dont 36 % en zones rurales, contribuant à la revitalisation économique de territoires souvent délaissés.

 

Une industrie à la croisée des enjeux environnementaux et stratégiques

Au-delà de sa contribution économique, cette filière s’inscrit dans un projet plus vaste : réduire la dépendance aux énergies fossiles importées tout en exploitant des ressources locales comme les déchets organiques ou les excédents d’électricité renouvelable. Une logique d’économie circulaire qui va bien au-delà de la simple production énergétique : elle permet aussi de valoriser le CO₂ biogénique, d’apporter une solution au traitement des déchets et de réduire la dépendance aux engrais de synthèse importés via le digestat, un fertilisant naturel issu de la méthanisation.

Mais si cette transition semble bien engagée, elle reste fragile. L’instabilité réglementaire et administrative freine les investissements. 65 % des entreprises du secteur identifient la réglementation comme un frein majeur, entre complexité administrative et manque de visibilité à long terme. Sans un cadre stabilisé, les perspectives de développement risquent de ne pas atteindre le niveau attendu pour 2030, malgré un objectif fixé à 44 TWh de production de gaz renouvelable par l’État français.

 

Un savoir-faire qui s’exporte et une filière qui peine à recruter

Autre point crucial : la filière française des gaz renouvelables s’impose progressivement à l’international. Si 11 % du chiffre d’affaires du secteur est déjà réalisé hors de France, cette tendance devrait s’accélérer, 21 % des entreprises prévoyant des recrutements à l’étranger d’ici 2026. Pourtant, sur le sol national, la filière fait face à une pénurie de compétences. Avec une croissance anticipée de +19,8 % d’ici 2026, soit 6,2 % par an, les besoins en recrutement explosent, notamment sur des postes techniques et d’encadrement (63 % des offres).

Pour pallier cette difficulté, les entreprises misent sur la formation et l’innovation. 34 % des acteurs du secteur ont déposé au moins un brevet ces dernières années et plus de 9 % de leurs effectifs sont consacrés à la R&D. Des collaborations avec des centres de recherche publics et privés se développent, mais la montée en compétence devra être encore plus soutenue pour répondre aux défis du secteur.

 

La nécessité d’un cadre stable pour accélérer la transition

Malgré un essor certain, la filière reste suspendue aux arbitrages politiques et aux mécanismes de soutien public. Deux tiers des entreprises du secteur ont bénéficié d’aides publiques (subventions, crédits d’impôt, prêts à taux réduits, etc.), mais le flou qui entoure la trajectoire post-2028 inquiète. Sans une stabilisation des mécanismes d’incitation et une simplification des procédures administratives, le risque est grand de voir la dynamique actuelle s’essouffler avant d’avoir atteint son plein potentiel.

 

Le baromètre des entreprises des gaz renouvelables révèle ainsi une double réalité : une filière en plein essor, innovante et créatrice de valeur, mais encore vulnérable face aux incertitudes réglementaires et aux tensions sur les ressources humaines. L’avenir du secteur dépendra de la capacité des pouvoirs publics à lui offrir un cadre prévisible, condition essentielle pour que la France conserve son rang de leader européen de la transition énergétique et industrielle.