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Pourquoi la sécurité énergétique devient une priorité absolue ? 

source(s) : Electricity 2025

 

L’électricité n’a jamais été aussi omniprésente. Elle façonne nos sociétés, nos industries, nos infrastructures et nos modes de vie. D’ici 2027, la consommation mondiale augmentera de 3 500 TWh, soit l’équivalent de la consommation annuelle du Japon ajoutée chaque année. Un bond spectaculaire, porté par l’essor des véhicules électriques, des data centers, de la climatisation et de l’électrification industrielle.

Mais cette expansion effrénée s’accompagne de paradoxes. Comment assurer une production électrique fiable alors que les réseaux deviennent plus vulnérables aux aléas climatiques ? Comment intégrer une électricité renouvelable en forte croissance sans provoquer une instabilité du marché ? L’analyse de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) dans son rapport Electricity 2025 éclaire les dynamiques en cours et leurs implications à court et moyen terme.

 

La consommation explose, mais qui en profite vraiment ?

Les émergents dominent, l’Afrique reste en marge

La croissance de la demande mondiale d’électricité sera largement portée par les économies émergentes, qui absorberont 85 % de l’augmentation d’ici 2027.

📌 La Chine, à elle seule, représente plus de la moitié de cette hausse, avec une augmentation de 6 % par an, soit une demande équivalente à trois fois celle du Canada en seulement trois ans.

📌 L’Inde suivra avec une croissance de 6,3 % par an, portée par l’industrialisation et l’explosion des climatiseurs.

📌 L’Afrique, en revanche, reste largement sous-électrifiée, avec 600 millions de personnes encore privées d’un accès fiable à l’électricité.

 

L’électrification massive de la Chine ne doit rien au hasard. Elle est alimentée par :

✅ L’essor des véhicules électriques : 13 millions de voitures produites en 2024 contre 3,5 millions en 2021.

✅ Les data centers : une consommation qui pourrait doubler d’ici 2027.

✅ L’industrie verte : en 2024, la fabrication de panneaux solaires, de batteries et de véhicules électriques a consommé autant d’électricité que l’Italie en une année.

 

Les pays développés renouent avec la croissance électrique

L’illusion d’un découplage entre PIB et consommation énergétique ?

Après quinze ans de stagnation, les pays développés voient leur consommation électrique repartir à la hausse.

📌 Aux États-Unis, elle augmentera de 2 % par an d’ici 2027, tirée par les véhicules électriques, la généralisation des pompes à chaleur et l’essor des semi-conducteurs.

📌 En Europe, la demande électrique mettra du temps à se redresser, ne retrouvant pas son niveau de 2021 avant 2027.

 

Une production électrique sous haute tension

Les renouvelables s’imposent, mais la flexibilité du réseau est en question

L’équation est inédite : 95 % de la nouvelle production électrique mondiale d’ici 2027 viendra des énergies bas-carbone, renouvelables en tête.

📌 En 2025, les renouvelables dépasseront le charbon dans la production mondiale.

📌 Le solaire représentera 50 % de la croissance mondiale de la production d’électricité.

📌 Le nucléaire fait son retour avec une forte reprise en France, Chine, Inde, Corée et Japon.

 

Mais cette transition soulève des défis :

⚠️ Les prix de l’électricité deviennent de plus en plus imprévisibles avec une multiplication des prix négatifs sur le marché (phénomène lié à une offre excédentaire mal anticipée).

⚠️ Les Dunkelflaute, ces épisodes où le solaire et l’éolien (ENR non pilotables) produisent très peu, testent la résilience des réseaux.

⚠️ Les solutions de stockage et de flexibilité manquent encore pour équilibrer la demande et l’offre.

 

Le climat, ce perturbateur invisible qui redéfinit la production électrique

Des infrastructures énergétiques de plus en plus vulnérables

L’AIE met en garde : les réseaux électriques sont de plus en plus exposés aux événements climatiques extrêmes.

⚡ Aux États-Unis, des tempêtes hivernales ont provoqué des pannes massives en janvier 2024.

🔥 En Australie, un orage a endommagé des infrastructures, plongeant l’État de Victoria dans le noir.

🌡️ Au Mexique, les vagues de chaleur combinées à des sécheresses ont mis sous pression l’approvisionnement électrique.

 

Face à ces risques, il devient impératif de repenser la gestion du réseau :

✅ Accroître les capacités de stockage et les solutions de flexibilité.

✅ Développer les interconnexions entre pays pour mieux lisser les fluctuations de production.

✅ Renforcer la résilience des infrastructures face aux événements météorologiques extrêmes.

 

Vers un futur électrifié… mais avec quelles garanties ?

Sécuriser l’approvisionnement en énergie sans compromettre la souveraineté alimentaire

Alors que l’électricité devient le socle de l’économie mondiale, les défis posés par la sécurisation de l’approvisionnement ne peuvent être éludés. Se reposer uniquement sur les énergies renouvelables variables implique d’investir massivement dans le stockage et de renforcer les interconnexions entre pays, mais ces solutions ont leurs limites.

 

D’autres approches existent et restent sous-exploitées. Le biogaz, en tant qu’énergie pilotable, peut jouer un rôle stratégique dans la stabilisation des réseaux électriques. Produit localement, il permet non seulement de réduire la dépendance aux importations de gaz fossile, mais aussi de limiter l’impact du transport en valorisant des ressources agricoles et organiques sur place.

 

Contrairement à une idée reçue, le développement du biogaz n’implique pas nécessairement une concurrence avec l’alimentation. Plutôt que d’accroître la production agricole pour alimenter cette filière, une meilleure gestion des déchets organiques et une réorientation des productions vers un modèle plus résilient permettraient d’optimiser ces ressources sans fragiliser la souveraineté alimentaire. Réduire les exportations agricoles pour transformer davantage sur place offrirait une double opportunité : moins solliciter les transports et renforcer notre indépendance énergétique.

 

L’électrification massive en cours s’inscrit dans un jeu d’équilibres délicat entre besoins croissants, contraintes climatiques et tensions géopolitiques. L’ignorer, c’est s’exposer à des choix par défaut qui pourraient, à terme, accroître la fragilité de notre système énergétique au lieu de le consolider.

 

➡️ L’électricité sera au cœur du XXIe siècle. Reste à savoir si nous en maîtriserons les règles du jeu.