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Méthanisation et souveraineté agricole : un duo à structurer
source(s) : Le soutien au développement du biogaz | Cour des comptes
Une énergie renouvelable qui coche toutes les cases ?
La méthanisation coche de nombreuses cases dans la transition énergétique : production locale et renouvelable, stockage sous forme de biométhane, gestion des déchets organiques et diversification des revenus agricoles. En 2023, 1 911 unités étaient en activité en France, dont 652 injectaient du biométhane dans le réseau, permettant d’atteindre 9,1 TWh, soit 2,4 % de la consommation de gaz du pays. La trajectoire fixée vise 50 TWh d’ici 2030, soit un véritable changement d’échelle.
Face à la volatilité des prix de l’énergie et à la nécessité de réduire notre dépendance aux importations de gaz fossile, la méthanisation apparaît comme un atout stratégique. Contrairement aux énergies intermittentes comme l’éolien ou le photovoltaïque, elle produit un gaz stockable et pilotable, capable de sécuriser l’approvisionnement énergétique. Mais pour que cette montée en puissance soit pérenne, des clarifications et des ajustements sont nécessaires.
Une filière dynamique mais à mieux structurer
Le soutien public a permis l’émergence d’une filière en pleine expansion, avec un engagement financier conséquent : 2,6 milliards d’euros pour les tarifs d’achat entre 2011 et 2022, et 0,5 milliard d’euros de subventions d’investissement entre 2019 et 2023. Ces efforts ont contribué à structurer un marché, mais aussi à des rentabilités parfois élevées, comme l’a mis en évidence la Commission de régulation de l’énergie (CRE), qui pointe des taux de rentabilité interne atteignant 16,9 % sur certaines installations.
La prochaine réforme du financement avec les certificats de production de biogaz (CPB), prévue pour 2026, pourrait repositionner la filière en la rendant plus compétitive et moins dépendante des subventions. Une étape clé pour assurer son développement à long terme.
L’enjeu des ressources : comment garantir un approvisionnement durable ?
Un des principaux défis de la méthanisation reste l’accès aux ressources. Le biogaz est produit à partir de biodéchets, d’effluents d’élevage et de cultures intermédiaires (CIVE). Or, selon le Secrétariat général à la planification écologique, les 50 TWh ciblés en 2030 risquent d’être compromis par un manque de biomasse disponible.
Pour éviter toute concurrence avec l’alimentation, la réglementation limite l’usage des cultures principales à 15 % du tonnage d’intrants. Une vigilance s’impose également sur l’essor des cultures intermédiaires, qui doivent être intégrées intelligemment dans les rotations agricoles sans générer d’impacts négatifs sur la biodiversité ou la ressource en eau.
Une filière agricole à consolider pour renforcer la souveraineté énergétique
La méthanisation a permis à de nombreuses exploitations agricoles d’améliorer leur résilience économique. Entre 2016 et 2019, les exploitations équipées d’un méthaniseur ont vu leur excédent brut d’exploitation augmenter de 40 000 à 55 000 euros par an en moyenne. Mais le bénéfice réel varie selon l’implication dans la filière : les exploitants directs en tirent un vrai avantage, tandis que ceux qui se contentent d’alimenter des méthaniseurs ou de récupérer du digestat sont plus dépendants des prix du marché.
L’enjeu est donc de structurer un modèle qui soutienne l’ensemble de la filière agricole, sans créer d’effets d’aubaine ou de déséquilibres dans la répartition de la valeur. Le développement de la méthanisation industrielle de grande taille nécessitera une réflexion sur l’accès aux intrants et sur la préservation des bénéfices environnementaux.
Un cadre de soutien à ajuster pour pérenniser la filière
L’État a mis en place des dispositifs de soutien puissants, mais leur évolution sera déterminante pour sécuriser la filière à long terme. Les certificats de production de biogaz, qui remplaceront progressivement les aides directes, doivent être conçus pour garantir un marché équitable et éviter un transfert de coût excessif sur les consommateurs.
La question du dimensionnement des réseaux de gaz doit aussi être anticipée. Avec la baisse attendue de la consommation de gaz fossile, il est impératif d’optimiser l’intégration du biométhane sans générer de surcoûts pour les utilisateurs finaux.
Un atout stratégique à ne pas négliger
Le biogaz n’est pas une solution miracle, mais il représente une brique essentielle de la transition énergétique. Sa capacité à fournir une énergie pilotable, son impact positif sur la gestion des déchets et son ancrage territorial en font une opportunité majeure. Toutefois, pour que cette trajectoire soit durable, il est impératif de clarifier les objectifs, d’adapter les financements et de garantir un accès équitable aux ressources.
Plutôt que de se demander si la méthanisation est une bonne ou une mauvaise idée, la véritable question est : comment la rendre optimale pour qu’elle tienne ses promesses ?